Christopher Monay-Michaud

Protéger la souveraineté suisse

L’Europe (et la Suisse) confrontées à des pénuries de carburant dès avril – PDG de Shell

Un réquisitoire accablant contre les États-Unis dans le Golfe – et la leçon que la Suisse ne peut se permettre d’ignorer

La guerre menée avec imprudence par Washington contre l’Iran — par l’intermédiaire de son proxy, Israël — a produit l’effet stratégiquement prévisible : la paralysie des flux énergétiques mondiaux transitant par le détroit d’Ormuz.

En privilégiant l’escalade militaire au détriment de l’endiguement diplomatique, les États-Unis ont non seulement brisé la stabilité du Golfe, mais ils ont aussi directement provoqué une crise des carburants qui menace désormais l’Europe. Le kérosène est déjà perturbé ; les pénuries de diesel et d’essence suivront d’ici avril. Ce n’est pas un accident de guerre : c’est la conséquence directe d’une politique américaine qui fait passer la vendetta géopolitique avant le bon fonctionnement des marchés mondiaux.

L’échec est total. La protection américaine des goulets d’étranglement maritimes, présentée comme la pierre angulaire de sa posture régionale, s’est révélée illusoire. Vingt pour cent du pétrole mondial transitent par Ormuz ; Washington n’est soit pas capable, soit pas disposé à en garantir la sécurité. Le résultat est un effondrement en chaîne : l’Asie du Sud est désormais confrontée au rationnement ; l’Asie du Nord-Est puise dans ses réserves stratégiques ; et l’Europe, malgré ses efforts désespérés de diversification, devra bientôt rivaliser avec l’Asie pour des cargaisons de plus en plus rares, à des prix exorbitants. La fameuse décorrélation engagée après 2022 vis-à-vis de l’énergie russe a laissé le continent à découvert, sans aucune source d’approvisionnement alternative crédible capable de compenser le vide créé par la paralysie du Golfe provoquée par les États-Unis.

Pour la Suisse, il ne s’agit pas d’un lointain spectacle géopolitique. C’est un avertissement gravé dans les prix du pétrole. La vulnérabilité de l’Europe apparaît désormais au grand jour : un quart de son brut provient encore d’une région que les États-Unis ont livrée aux flammes. Lorsque les pénuries frapperont le mois prochain, aucun mécanisme de solidarité de l’UE ne protégera un État non membre. La neutralité longtemps revendiquée par la Suisse devient une illusion stratégique si elle demeure purement diplomatique au lieu de se traduire en capacités matérielles.

Se tourner vers l’intérieur n’est plus une préférence politique, mais une nécessité : accélérer la constitution de réserves stratégiques de pétrole, sécuriser des chaînes d’approvisionnement hors du Golfe et renforcer les infrastructures énergétiques face à une crise créée par Washington et qu’il ne montre aucune capacité à résoudre. Les États-Unis ont failli dans le Golfe. L’Europe en paiera le prix. La Suisse doit veiller à ne pas être la prochaine sur la liste.

Je peux aussi en faire une version plus idiomatique, plus diplomatique, ou plus éditoriale.